Trigger Warning : maternité, grossesse non désirée, avortement
Cet article n’a pas pour but d’inciter à, ou de faire la promotion de, l’avortement. Chacun·e a ses raisons de vouloir ou devoir aller au bout de cette démarche.
Je suis pro-choix.
Il y a environ 9 ans, j’allais avoir 18 ans. Terminale, période d’épreuves de Bac. Je devais ensuite commencer les cours à la fac, dans une nouvelle ville. Ma mère avait prévu de déménager, et j’allais me retrouver assez seule.
Au lycée, j’ai rencontré un garçon. Il était mignon, musclé… mais pas très futé et on n’avait rien en commun. À cette époque, j’étais déjà sexuellement active et ça se passait plutôt bien avec lui à ce niveau. J’étais consciente et au fait des « risques » liés au sexe comme les IST/MST, les grossesses désirées ou non, etc. je me protégeais à chaque fois.
Un préservatif en bon état est efficace à 98%, mais ce pourcentage diminue très vite s’il glisse pendant le rapport, s’il reste coincé et/ou se déchire.
Le jour de l’incident – c’est comme ça que j’appelle cet « épisode » de ma vie, un incident – le préservatif s’était déchiré, et je ne m’en étais pas rendue compte. Je crois que mon partenaire oui ; j’ai le vague souvenir d’avoir reçu un SMS de sa part me disant quelque chose comme « tu devrais prendre la pilule ». Je ne sais plus si je lui ai répondu, ni quoi.
Je dis bien avoir un vague souvenir de ce SMS. Honnêtement, je pense l’avoir reçu et avoir paniqué. La réaction « normale » aurait peut-être été d’aller à la pharmacie la plus proche et de prendre la pilule du lendemain. Eh bien, ce n’est pas ce que j’ai fait !
J’ai paniqué, au point de ne rien faire. Sur le coup en tout cas. Plusieurs pensées se sont bousculées dans ma tête. « Ça ne peut pas m’arriver. Pas maintenant ?! … Si je vais à la pharmacie pour demander la pilule, tout le monde le saura. Ma mère aussi (on habitait dans une toute petite ville) Et si c’était juste un petit accident ? Ça peut arriver. Et qu’en vrai, je suis pas en train de tomber enceinte ??! » …
J’avais beaucoup d’autres choses à penser à ce moment-là et mon cerveau a préféré mettre de côté celle-ci, pour y revenir plus tard.
Après avoir réussi mes épreuves de Bac, on est parties en vacances. Je n’ai pas eu mes règles une seule fois et je vomissais comme jamais. Les autres membres de la famille étaient quasiment toujours autour de moi, mais je trouve que j’ai « bien géré ». Je disais que j’étais malade à cause du décalage horaire ou de quelque chose que j’avais mangé.
Et là-bas, je ne pouvais pas me rendre dans un centre de planification par exemple, je n’avais ni voiture, ni permis. Je n’avais pas encore fait de test et je n’en avais parlé à personne. J’y ai pensé, mais j’avais honte, tout simplement.
Les vacances finies, je suis rentrée et j’ai emménagé seule dans la ville où j’allais étudier.
À ce stade, j’étais persuadée que j’étais enceinte (sans blague 🙄), mais j’ai quand même acheté un test, et il s’est révélé être positif. J’avais peut-être un dernier espoir qu’il soit négatif. Il me restait un peu moins de 4 semaines sur le délai légal fixé pour une IVG chirurgicale (trop tard pour une IVG médicamenteuse). J’ai vite pris contact avec le centre de planification le plus proche de mon nouveau chez-moi pour entamer la procédure.
En parallèle, j’avais commencé les cours et j’essayais de vivre ma vie normalement, sans rien laisser paraître.
Imaginez-moi, assise en amphi, en train de me retenir de vomir mes tripes. Je n’avais pas envie que des gens complètement inconnus à ce moment-là soient au courant, ça ne m’aurait probablement rien apporté ou pire…
En dehors des symptômes de début de grossesse, je guettais aussi les moindres changements extérieurs. Je suis assez petite et menue, mes seins commençaient à gonfler comme mon visage mais pas le reste de mon corps. Ça m’allait. Je me rappelle quand même que parfois je restais debout ou allongée à toucher mon ventre et à appuyer un peu, puis de plus en plus fort dessus, comme si ça pouvait écraser et faire disparaitre ce qui était dedans.
Lors de mon parcours avec le centre de planification, j’ai eu un 1er rendez-vous pour expliquer ma situation et ce que j’attendais : interrompre cette grossesse. D’autres rendez-vous obligatoires ont suivi.
J’ai eu une échographie, histoire de s’assurer que tout était « okay ». J’avais eu un peu d’appréhension avant cet examen, et quand il a eu lieu et que j’ai regardé l’écran, je reconnais que j’ai versé une ou deux larmes. J’ai gardé les images de l’échographie pendant des années avant de m’en débarrasser.
Je ne me souviens pas avoir ressenti de jugement de la part des différents professionnel·le·s que j’ai vu·e·s, et pour être honnête, je n’en avais strictement rien à faire. Ma décision était déjà prise. Je ne voulais pas élever un enfant maintenant. J’ai quand même eu droit aux questions : « Et le père, il est au courant ? », « Il faut que ce soit une décision réfléchie. Vous êtes sûre de vous ? », « Vous n’avez personne pour vous accompagner ? Vous êtes toute seule ? » …
Le jour de l’opération, je me suis rendue à l’hôpital et le lendemain, j’en suis revenue seule.
C’était fait et j’ai continué ma vie sans vraiment y penser. C’était comme si j’avais classé l’évènement dans un coin de ma tête. Les seules traces qui restaient étaient les différents certificats médicaux, ordonnances et échographies que j’ai eus de l’hôpital.
Je n’en parlais pas non plus, à part les rares fois où j’ai pu me confier à des ex par exemple. J’ai mis 2 ans avant de le dire à ma mère. Encore cette question : ça aurait servi à quoi ?
C’était fait, j’étais sûre de mon choix et je ne cherchais à convaincre ou persuader personne que c’était vraiment le bon. C’est encore le cas aujourd’hui.
En revanche, personne ne m’avait préparé au fait que l’une des décisions les plus importantes de ma vie, que j’avais prise en toute conscience, me reviendrait en pleine face comme ça. C’est ce que je me dis quand je repense à cet avortement.
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