Trigger Warning : maternité, grossesse non désirée, avortement
Un peu de contexte
En 2012, j’allais avoir 18 ans.
Terminale, épreuves du Bac. Je devais ensuite commencer les cours à lafac, dans une « nouvelle ville ». Ma mère avait prévu de déménager, et j’allais me retrouver seule.
Au lycée, j’ai rencontré un garçon. Il était mignon, musclé … Je savais déjà qu’il n’était pas très futé et que l’on n’avait rien en commun. À l’époque, j’étais déjà active, comme on dit, et ça se passait plutôt bien avec lui en général. J’étais assez consciente et au fait des risques, comme les IST, une grossesse non désirée etc. Je me protégeais à chaque fois.
Le jour de l’incident – c’est comme ça que j’appelle cet épisode de ma vie, un incident – le préservatif s’était déchiré, et je ne m’en étais pas rendue compte. Je crois que mon partenaire, oui. J’ai ensuite le vague souvenir d’avoir reçu un SMS de sa part me disant quelque chose comme « tu devrais prendre la pilule ». Je ne sais plus si je lui ai répondu, ni quoi.
Honnêtement, je pense avoir reçu ce SMS et avoir juste … paniqué. La réaction « normale » aurait peut-être été d’aller à la pharmacie la plus proche et de prendre la pilule du lendemain. DI-RECT ! Eh bien, ce n’est pas ce que j’ai fait. J’ai paniqué, au point de ne rien faire. Sur le coup en tout cas. Plusieurs pensées se sont bousculées dans ma tête : la peur que ça m’arrive, à moi, le déni … Je pensais que j’avais déjà beaucoup d’autres choses à gérer et mon cerveau a préféré mettre de côté celle-ci, pour y revenir plus tard.
J’ai passé environ 2 mois de vacances à vomir et à faire comme si tout allait bien, sans avoir fait de test ni rien. De toute façon, je ne pouvais rien faire sans devoir d’abord en parler à un·e adulte et il était hors de question que ça arrive.
Une fois mes vacances finies, j’ai emménagé seule dans la ville où j’allais étudier.
À ce stade, j’étais persuadée que j’étais enceinte, mais j’ai quand même acheté un test qui s’est révélé être positif (sans blague 🙄). Je pense que quelque part j’avais encore un dernier espoir qu’il soit négatif.
Il était trop tard pour une IVG médicamenteuse et il me restait un peu moins de 4 semaines sur le délai légal1 fixé pour une IVG chirurgicale. J’ai vite pris contact avec le centre de planification le plus proche pour entamer la procédure.
En parallèle, j’avais commencé les cours et j’essayais de vivre ma vie, sans rien laisser paraître. Je n’avais pas envie que des gens, et surtout des inconnu·es, soient au courant.
En dehors des symptômes de début de grossesse, je guettais aussi les moindres changements extérieurs, même s’ils n’étaient pas visibles pour les autres.
Les choses sérieuses
Lors de mon parcours, j’ai eu un 1er rendez-vous pour expliquer ma situation et ce que j’attendais : interrompre cette grossesse. D’autres rendez-vous obligatoires ont suivi.
J’ai eu une échographie et je reconnais que j’ai versé une ou deux larmes. J’ai gardé les images pendant des années avant de m’en débarrasser.
Je ne me souviens pas avoir ressenti de jugement de la part des différent·es professionnel·les que j’ai vu·es, et pour être honnête, je n’en avais strictement rien à faire. Ma décision était prise.
J’ai quand même eu droit aux questions attendues dans ce genre de situation mais je ne voulais pas élever un enfant, « surtout pas maintenant ».
Le jour de l’opération, je me suis rendue à l’hôpital et le lendemain, j’en suis revenue seule.
C’était fait et j’ai continué ma vie sans vraiment y penser. Les seules traces qui restaient étaient les certificats médicaux, ordonnances et échographies que j’ai eus de l’hôpital.
Je n’en parlais pas non plus, sinon, c’était rare. J’ai mis 2 ans avant de le dire à ma mère. Et ça aurait servi à quoi de lui dire de toute façon ?
C’était fait et je ne cherchais à convaincre ou persuader personne que c’était la bonne décision.
Pourquoi je raconte cette histoire ?
Pendant longtemps, et après plusieurs réécritures, j’ai pensé que j’avais écrit cet article et que je racontais cette histoire pour partager mon expérience en tant que personne concernée qui milite pour le droit de chacun·e de disposer de son propre corps2. C’est vrai. Mais je l’ai fait et le fais aussi pour me permettre de vivre mon deuil d’une certaine manière.
Pour rappel, le désir de vouloir un enfant ou non est personnel. Je souhaitais en avoir un jour, plus maintenant, mais à une période de ma vie, c’était le cas et c’est là que j’ai pris toute la mesure de ce que j’avais vécu. Il n’y avait aucun regret mais de la tristesse et parfois la peur que « c’était ma seule chance ». Heureusement, je ne pense pas (plus ?) que ce soit vrai, et si c’était à refaire, dans les mêmes circonstances, je ferais le même choix.
Ça ne m’empêchait pas de me demander parfois ce que ça aurait pu être, la vie que l’on aurait eue ensemble et chacun·e. Et d’en pleurer. Je ne m’y attendais pas, mais le deuil suite à l’avortement m’avait frappé, peut-être si fort que j’ai mis du temps à en ressentir et constater l’impact sur moi.
Aujourd’hui, je conseille à quiconque passant par là, de se confier et/ou d’être accompagné·e, dans la mesure du possible. J’aurais voulu que ce soit le cas pour moi.
En tant que jeune fille, je n’aurais pas pu compter le nombre de fois où j’ai entendu ma mère me répéter « T’as pas intérêt à rentrer à la maison pour me dire que t’es enceinte. » et équivalents.
Souvent, je me suis dit que si elle avait pris le temps d’en discuter avec moi, peut-être qu’à l’époque de l’incident, je me serais mieux protégée et tout ça n’aurait peut-être pas eu lieu …
Il ne s’agit pas de lui faire un reproche et ce qui est fait est fait. J’avais peur de lui parler, comme beaucoup (?) d’enfants ou de filles, surtout de ce genre de choses. Au final, j’ai simplement eu peur d’en parler, à qui que ce soit. Et voilà.
Depuis, j’ai changé (un peu) et je m’exprime assez facilement sur le sujet pour éviter de tomber dans le tabou. Il n’est pas nécessaire de le faire partout tout le temps mais j’ai l’impression que ça permet à d’autres de se sentir en sécurité et libre de se faire aider.
- Interruption volontaire de grossesse (IVG), Vos Droits, ServicePublic.gouv ↩︎
- Et donc, le droit à l’accès à l’avortement. ↩︎